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  • Jean-Louis Grosmaire

Commentaires sur mes lectures






Voici quelques recensions de livres.


Note : Personne ne m’a demandé d’écrire les recensions suivantes.

Je les rédige par plaisir pour vous présenter les livres que j’ai aimés.

Je ne veux que donner le goût de lire.

Je ne suis payé par personne, je parle de ce que j’aime.


Québec, le 26 octobre 2021


Bonjour à vous,


J'ai lu récemment le livre Kukum de Michel Jean.


Montréal, 2919, Libre Expression, 224 pages.


Tous mes amis m’avaient recommandé ce livre. Tout le monde m’en avait dit du bien. Je n’osais pas le lire.

Je savais que l’histoire racontait la vie des autochtones. Tout ce qu’on lit actuellement est tellement triste, que j’avais peur de souffrir de cette lecture.

C’est donc avec un peu d’appréhension que j’ai ouvert ce livre.

Les premières pages portent sur la vie traditionnelle des Innus de Pekuakami, leur migration en quête des animaux à fourrure et de la viande pour se nourrir.

Je ne vous dévoilerai pas le contenu du livre.


Ce que j’ai apprécié par-dessus tout, c’est la façon très douce de l’auteur de nous expliquer la vie de jadis et graduellement de nous révéler les conséquences énormes de l’arrivée des compagnies, en particulier du bois, sur ce territoire.

Les effets se font ressentir de nos jours. La faune, la flore, les humains ont souffert et souffrent encore de cette invasion sur le territoire des Innus.


Ce livre est écrit dans un style sobre, clair, sans prétention avec respect et sensibilité.


Je me suis attaché aux personnages, à Thomas, à Almanda Siméon, la grande dame de ces pages.


J’ai plus appris dans ce livre que dans beaucoup de livres d’histoire officielle. J’ai appris par le cœur.

L’auteur nous parle de façon douce, je le répète, et ainsi nous touche, il n’impose rien, il expose et ce qu’il nous révèle nous émeut, nous interroge; on l’écoute, car on le sent sincère, vrai, il conte le sort des siens, la face cachée de l’histoire que l’on nous a racontée depuis trop d’années. Enfin, le monde change, il était plus que temps.


Les derniers chapitres sont dune force de conviction incroyable, justement par cette douceur à énoncer des faits pourtant catastrophiques.


Ce livre est grand non seulement par sa puissance évocatrice, mais aussi par son effet à long terme sur nous et par le touchant hommage filial aux ancêtres.


Tel qu’exposé, le sort subi par les autochtones est pour moi une douloureuse révélation.


Ce livre mérite tout le succès qu’il rencontre actuellement.

Par sa sincérité, son respect des Anciens, ce témoignage saisissant est un des jalons forts sur le long chemin de la réconciliation.


Je souhaite que d’autres personnes de ces nations et communautés poursuivent leur narration de ce passé et du présent qu’elles éprouvent pour nous permettre de vivre ensemble dans le respect et la paix.


Nous devons connaître cette histoire, qui n’est pas si loin, nous devons ouvrir les yeux sur le présent qui est encore celui des distances entre nations et des souffrances engendrées par ce douloureux passé, puissions-nous alors bâtir un avenir commun fondé sur le respect mutuel et le dialogue constant.


Merci à monsieur Michel Jean pour ce témoignage si important et si constructif. Votre livre est une source d’espoir.

Merci, Almanda, et merci à tous les vôtres!


Jean-Louis Grosmaire




Québec, le 1er septembre 2021,


Actuellement, je lis Lou Péquignot Petit Prince, Le Petit Prince, d’Antoine de Saint-Exupéry, traduction en langue franc-comtoise de Billy Fumey, publié aux Éditions Cêtre 2021, 96 pages.

Qu’il est beau ce livre!

Quelle idée géniale!

Ce livre, je le lis, je le savoure, je le parle!

Mon enfance auprès de notre grand-mère tant aimée me revient.

Hélène possédait cette langue belle et claire.

Dès qu’elle rencontrait sa voisine ou ses voisins, Hélène s’exprimait ainsi et nous écoutions attentivement.

Il me semble entendre leurs rires, leurs éclats joyeux, leur sagesse.

Les phrases montaient en chantant.

C’est ce je retrouve avec bonheur dans le texte si inspirant et si chantant en langue franc-comtoise.

Ce livre mérite un grand grand grand succès.

Mon enfance m’est revenue, je la berce dans ma lecture.


Bravo à Billy Fumey pour la traduction, bravo aux Édtions Cêtre pour ce travail d’édition soigné, impeccable :

Lou Péquignot Prïnce.


Voici le lien :

https://www.editions-cetre.com/index.php/catalogue-et-achat-en-ligne/colonne-2/beaux-livres/lou-péquignot-prïnce,-le-petit-prince-par-antoine-de-saint-exupéry-detail


Dimanche, 16 mai 2021,




J’ai lu récemment de Jean-Marie Pelt :

Les voies du bonheur Le livre de poche 2015 187 pages.


Ce livre était cité dans l’ouvrage d’Hubert Reeves :

La fureur de vivre

aux Éditions du Seuil.

Livre dont je dis le plus grand bien dans les pages ci-dessous.

Les voies du bonheur sont une source de pensées, de réconfort, une invitation à une vie plus harmonieuse sur cette planète.

Nous bénéficions ici des fruits offerts par un sage.

Nous sommes invités à reconsidérer nos rapports avec la nature, nos contemporains.

C’est un cheminement personnel, collectif, spirituel.

Je garde ce livre près de moi, j’y retourne, je le médite.

Soyons les bons jardiniers de cette planète que nous avons la chance d’habiter, nous dit, entre autres, monsieur Pelt, cheminons vers cette «convergence… féconde et riche de promesses pour l’avenir d’un homme renaturé, et d’une nature réhumanisée, vivant en paix et enfin réconciliés.» P. 173

Je porte également à votre attention le livre Le goût français au Canada Atlantique 1604 -1758 Une histoire gastronomique.

Anne Marie Lane Jonah et Chantal Véchambre

Ce beau livre traite de la nourriture que l’on consommait dans le Canada atlantique, en Acadie et en particulier à Louisbourg.

Photographies, recettes, cartes, le texte savoureux puise aux meilleures sources historiques, tout est là pour ravir les papilles et les yeux.

Le travail d’édition est impeccable.

J’ai beaucoup appris, car cela va au-delà de l’Acadie, on revisite les manières de cuisiner, de mettre la table ou de simplement manger dans une taverne de l’époque.

Le livre est en anglais et en français.


C’est un des plus beaux livres d’histoire que j’ai lus récemment, c’est un livre passionnant.


Ce fabuleux voyage dans le temps et l’espace se déguste avec grande joie.


Cape Breton University Press, Sydney, Nova Scotia, 1963 252 pages 2012, 2015.


Suzanne de Arriba, Et s'ils écoutaient leurs rêves, roman, Éditions Lucien Souny, 2020, La Geneytouse, 224 p.

Suzanne de Arriba a l’art de montrer les relations humaines, en particulier les joies et toutes les entraves à la communication entre les êtres qu’ils s’aiment ou non.


Dès les premières pages, l’intrigue est bien présentée, les personnages bien campés, entre autres un berger rude, maladroit, une jeune fille qui se questionne, une journaliste, une fillette, des chiens, des loups.

Nous sommes dans un monde de montagne, entourés d’une végétation que l’auteur décrit avec connaissance.

Nous découvrons le Vercors, ses vieilles maisons, une petite ville, des hameaux, et surtout des gens.

J’aime ces réflexions intéressantes sur les hommes et les femmes.

Je ne vais pas dévoiler l’intrigue, mais il y a un personnage qui peut étonner, une fillette qui a la capacité de comprendre et de voir ce que les adultes ne veulent pas voir ou ne peuvent plus comprendre, elle a comme un don.

Ce n’est pas une sorcière, simplement un enfant à l’écoute de la nature, des humains et de ses propres rêves.

Cette Florette pourrait paraître surprenante, mais je connais une enfant qui a tout à fait le même comportement, c’est donc avec plaisir que je l’ai retrouvée dans ce personnage que nous campe si bien Suzanne de Arriba.


La force de ce livre, c’est aussi les pensées très philosophiques que vous cueillerez au détour d’une phrase et qui vous enchanteront.


Du suspense, il y en a du début à la fin.

Suzanne écrit dans un style sobre, clair, chatoyant quand nécessaire, reflétant une très grande sensibilité et une tout aussi grande expérience de la vie.

Elle sait nous montrer les beautés des paysages, les traits de certaines personnes et finalement elle chante la beauté de la vie.


J’ai lu presque d’un trait cet ouvrage passionnant. Je le recommande vivement.

J’aimerais vous offrir des citations, je vous laisse la joie de les découvrir et de les apprécier.


Ce livre est un plaidoyer pour la forêt, les arbres, les animaux, et un questionnement sur le fragile équilibre entre les hommes et la nature.

Avec une fine connaissance, des loups, des chiens, bien sûr des humains, ce livre est à savourer comme une œuvre d’art, à méditer et à partager généreusement.

Jean-Louis Grosmaire



Lundi , 1 février 2021



Gérard Bédat, Robert Fernier, Les années évanouies, carnets de guerre 1915-1919, Les Éditions Cabédita, 2014, Divonne-les-Bains, 208 p.

J’ai lu ce livre avec grand intérêt, souvent avec passion.

Cet ouvrage est très bien présenté, l’iconographie est de qualité, les photographies de l’auteur sont saisissantes.

D’emblée, les causes du déclenchement de la Première Guerre mondiale sont exposées, ceci est fort utile, car il n’est pas toujours facile de comprendre les origines de cette guerre.

Les cartes aident à situer les voyages de Robert Fernier qui se déplaçait souvent et dans des conditions plus que difficiles.

Fort à propos, monsieur Gérard Bédat nous explique le contexte des lettres écrites par le peintre.

On ne peut pas se douter, lorsque l’on admire actuellement un tableau de Robert Fernier, que cet homme a pu traverser de telles épreuves.

Il a accompli son devoir, quel devoir! C’est un véritable miracle qu’il soit sorti vivant de ces affreux carnages.

On a du mal à imaginer, dans le calme de nos foyers, ce que furent ces années de boue, de froid, de chaleur, de souffrances sous les bombardements, les rafales de mitraillettes, les coups de canon, les gaz et autres horreurs.

J’ai retrouvé dans les lettres du peintre l’état d’esprit de mon grand-père, Pierre Grosmaire, (voir mon livre Lettres à deux mains) rédigeant pour les siens, dans l’inconfort absolu et l’urgence, les mots essentiels qui pouvaient être les derniers.

On peut lire, dans ces Carnets de guerre, qu’heureusement l’humour et le détachement permettent au soldat de surmonter les harassements et les abattements profonds.

L’épilogue éclaire sa perception de la guerre. Comme il est touchant cet hommage à Mme Pau, à l’Hôpital auxiliaire numéro 28 de Prades.

En lisant le chapitre intitulé Au soldat qui râlait un soir près de ma tranchée, je vous avoue que j’ai été totalement bouleversé.

Ces quatre pages écrites le 3 mars 1924 sont parmi les plus intenses et douloureuses que j’ai lues sur la Première Guerre mondiale.

Tout est dit en quelques lignes de l’atroce souffrance que l’on ne peut guérir, cette horreur qui a marqué à jamais l’esprit de Robert Fernier.

On imagine tout le travail mental de Robert Fernier pour trouver de nouveau la vie belle et poursuivre sa si grande carrière de peintre.

Dans ce livre, on côtoie les puces, les poux, les punaises, les rats, le froid, la glace, la faim, la soif, l’épuisement, la mort, la brutalité, la sottise de certains gradés ou de certaines personnes et la grandeur de soldats anonymes ou de prisonniers.

Comme il est bon de voir que du côté allemand, se trouvent aussi des êtres de grande qualité.

Bravo à monsieur Bédat pour ce grand livre, pour avoir publié ces textes qui sont notre mémoire.

Fait étonnant, j’ai terminé la lecture de l’ouvrage le 11 novembre 2020 en la ville de Québec sur les bords du Saint-Laurent. C’est là que les lettres de Robert Fernier me sont parvenues. De la boue des tranchées jusqu’au Québec, quel parcours, quel long chemin! Jamais Robert Fernier n’aurait pu penser que, tant d’années plus tard, ses mots venus de la guerre apporteraient encore de la lumière.


Jean-Louis Grosmaire

Pour mieux connaître ce peintre franc-comtois, je vous suggère le beau livre Robert Fernier, Regards d’un peintre comtois, Éditions Cabédita, 2016, Divonne-les-Bains, 144 p.

Vous découvrirez des tableaux peints aux Comores, à Madagascar, en Polynésie, et bien sûr en notre chère Comté, comme ce magnifique Le traîneau dans la forêt, Huile sur carton, 1967, qui illustre si bien la première de couverture de mon livre Acadissima.

Robert Bouroult 1894-1975

Itinéraires d’un peintre

Francois Nicod, Joël Guiraud, Eric Delacroix, Photographies de Jean-Claude Uzzeni,

Mantry, Éditions Aréopage, 2020, 396 p.

Quel travail remarquable réalisé par une petite équipe et par les Éditions Aréopage!

Voici un hommage exceptionnel à un homme tout aussi exceptionnel.

Je suis très impressionné par le travail des auteurs et de l’éditeur qui a accompli une grande œuvre d’édition.

Je découvre des tableaux qui reflètent si bien l’âme profonde de la Comté.

J’aime beaucoup l’art de Bouroult. Il peint avec grand talent les arbres, les montagnes, les eaux et évidemment la neige. Et il y a aussi ces en-têtes de courrier adressé à la parenté, ces vignettes accompagnent ses messages de la guerre, c’est très dépouillé, très réaliste. Ce sont des images du front, interprétées par un peintre qui est sur place. Quel art! comment a-t-il pu avec si peu de moyens rendre si vivantes les scènes de la guerre?

Oui, c’est exceptionnel.

Le livre est impressionnant à tous points de vue, et surtout, il nous conduit vers un peintre qui mérite d’être encore plus connu.

Ici, nous avons un véritable panorama d’une œuvre rassemblée dans un livre, ce qui donne tout simplement le goût d’aller dans un musée pour y admirer ses œuvres.

Aux auteurs, à l’éditeur, toutes mes félicitations; reconnaissance aussi à la famille avec laquelle les auteurs ont visiblement tissé des liens qui ajoutent à ce livre des touches très actuelles, très sensibles.


Je n’ai pas terminé ma lecture de cet ouvrage. Dans notre monde de vitesse, je veux prendre mon temps, savourer ce livre, y retourner. Un livre cela se déguste. Un livre est un soutien, plus particulièrement en ces journées covidiennes.


Fernier, Bouroult, deux grands peintres comtois parmi d’autres que j’apprends à connaître. Je ne veux pas les dissocier, chacun apporte des tonalités différentes, des styles et des atmosphères bien à lui. Les deux me touchent. Comme je ne peux pas voir leurs œuvres dans les musées, je les admire dans ces livres exceptionnels.


Je vous souhaite de pouvoir lire ces ouvrages, ce sont des cadeaux à offrir, ce sont des heures de bonheur. Commandez-les à votre libraire ou à votre bibliothèque de quartier.

C’est avec plaisir, plus, avec joie, que je retourne vers ces œuvres qui m’inspirent et qui m’enchantent!

Jean-Louis Grosmaire



Samedi, 23 janvier 2021


Jean M. Fahmy Les chemins de la liberté, tome 1 : Fabien et Marie, Chicoutimi, Les Éditions JCL, 2013, 356 p.

Quel remarquable roman!


L’auteur nous plonge en France dans le village des Huit-Maisons, dans le Poitou, non loin de la Gartempe où s’épuisent au travail de défrichement des exilés venus d’Acadie.

Jean M. Fahmy nous conduit ensuite à Paris où nous découvrons la capitale sous les yeux ébahis des jeunes héros. Nous sommes alors vraiment dans un Paris étonnant, fou et déroutant.

L’illustre Beaumarchais nous est brillamment révélé dans sa personnalité multiple, étourdissante et cultivée. Jean M. Fahmy nous dévoile un homme de lettres, un homme d’affaires qui tisse des liens commerciaux avec l’Amérique, les Antilles. Il y implante son réseau aux nombreuses ramifications. L’auteur excelle dans les descriptions de ce Paris en constante effervescence qui contraste tant avec les Huit-Maisons acadiennes.


Fabien, l’Acadien, devient employé de monsieur de Beaumarchais, puis confident de ce dernier. Fabien est bien campé dans ses rêves, découvertes, apprentissages, difficultés et surtout dans sa relation avec la gracieuse Marie qui fait tourner bien des cœurs.


Au cœur du roman règne, malgré les tourments, l’amour entre Marie et Fabien, un amour qui est toujours menacé par la passion pour le travail qu’éprouve Fabien et par les tentations qui rôdent autour de la belle Marie.


La description des salons mondains est fascinante, les personnages sont très vrais; il y en a qui émergent, des courtisanes, des maîtresses, qui animent cet univers, tout aussi réservé à des privilégiés, comme nous l’apprendrons, que les salons de Londres où se côtoient les lords anglais.


Les paysages de France, de Paris surtout avec son fourmillement intense, son luxe et sa pauvreté sont très bien exposés. Puis, voici les larges rues de Londres et les sinistres ruelles de l’immense ville parcourues par le jeune couple d’Acadiens en une course haletante vers la liberté.


L’auteur fait ressortir la vie de défis de ces jeunes d’origine acadienne. Ils ne connaissent pas l’Acadie, ils ont transité par Londres et Saint-Malo et maintenant ils vivent à Paris. Ce séjour à Paris les transforme complètement. Pour un peu, Fabien et Marie en perdraient leurs racines s’il n’y avait la foi transmise par les grands-parents, la foi en une Acadie mythique.

À Paris, pour les héros, tout gravite autour de Beaumarchais. Le personnage en lui-même est gigantesque. De son côté, le marquis De Liria, nous entraîne dans un Paris plongé dans la frivolité, le sérieux des affaires et les intrigues de la politique.


De belles pages témoignent de la lutte des femmes pour être libres, tout comme les esclaves d’ailleurs.

Ce livre fait resurgir un univers, qui même lointain, nous rejoint. Nous reconnaissons les noms de l’époque, les rues, les quartiers, les événements, tout cela est vivant, réel, passionnant.


Nous bénéficions de la remarquable connaissance de l’auteur sur l’histoire américaine, sur les courants qui animèrent les soutiens de la France. L’idéal des Lumières côtoie le commerce des armes.

Dans cet univers si loin des Huit-Maisons, naviguent des espions de tout acabit. Ils sont partout, à Paris à Londres, au coin de la rue, dans les salons mondains.


Un des moments forts, parmi d’autres du premier tome, est la scène de la prison de Londres, alors que Marie se démène pour faire sortir Fabien de cette gêole.

La tension de ces journées cruciales, les démarches de Marie, sont très bien rendues par l’auteur.

Durant ces événements, des personnages se montrent fourbes ou audacieux, comme le chevalier d’Éon très bien campé dans son rôle toujours complexe.

Dans un coup d’éclat, Jean Fahmy nous présente Voltaire au théâtre. C’est d’un d’un réalisme exceptionnel.

On y est.

On découvre Voltaire depuis la première loge, par un gros plan sur lui, sa silhouette, on décèle les marques de l’âge, les yeux vifs. Voltaire ovationné se courbe sous les acclamations. Voltaire est adulé par la foule de Paris, comme les grandes vedettes de nos jours. Ces scènes grandioses sont de pures réussites.


Jusqu’à la fin, même devant le navire qui va les conduire outre-Atlantique, l’auteur nous tient en haleine.


Et nous bouclons la boucle des premières pages.


La lecture de ce livre est un réel bonheur. Écrit dans un style clair, vibrant au rythme de l’intrigue, qui va de rebondissements en péripéties inattendues, cet ouvrage prenant rend l’histoire vivante, il traite de la politique sérieusement sans lasser, de la vie parisienne ou de l’évolution des mœurs et de la société sur un ton juste, il passionne toujours et porte souvent à la réflexion.


Je me doute que ce livre a dû connaître un très beau succès, il le mérite et il mérite également une longue carrière.

Jean M. Fahmy, Les chemins de la liberté, tome 2; L’ultime voyage, Chicoutimi, Les Éditions JCL, 2014, 361 p.

Comme dans le premier tome, l’auteur nous conduit dans des aventures étonnantes et à la rencontre de gens impressionnants.

À Saint-Domingue, nous entrons dans une société coloniale qui vit dans un univers de grandes plantations, où s’épuisent des esclaves pour des gens affairés au commerce. Cette société est montrée dans son luxe pour les uns et sa misère pour les autres.

Jean M Fahmy dresse un portrait saisissant de Toussaint-Louverture pris entre cette société coloniale et un peuple aspirant à la liberté. Le grand homme animé d’idéal et de passion pour ses sœurs et frères nous surprend par ses talents de guérisseur.

Une phrase se détache : «Sous notre peau noire bat un cœur d’homme.», il n’y a rien à ajouter.

La dernière rencontre des héros avec Toussaint-Louverture est touchante et digne.

L’auteur nous mène ensuite à travers les Treize Colonies qui cherchent à s’émanciper.

Poursuivant leur route vers l’Acadie, Fabien et Marie empruntent des chemins parsemés de dangers et de drames. Les amitiés sont rares, mais souvent solides. Les personnages de second plan sont évoqués avec brio, nous nous attachons à eux et nous suivons leur destin avec grand intérêt.

Pierre Guilmot et son amour pour sauver Marie, nous émeut. L’issue n’est pas celle que l’on attendait, c’est un coup de maître.

Voici Fabien sur un brancard. Nous sommes surpris, étonnés, et tout comme Marie, anxieux de savoir ce qui va arriver.

La Fayette, Rochambeau, Cornwallis, les lavandières, les simples soldats, les jeunes nobles français, la ville de Yorktown, la marine française, tout cela compose un vaste tableau, immense, coloré, mouvant et tragique.

Les grands hommes de l’histoire côtoient les simples soldats.

La Fayette, jeune et fougueux, est en relation directe avec la troupe. Il s’entretient avec Washington dans des scènes de grand réalisme. On découvre les nobles français qui aspirent à la gloire. Ils portent leurs beaux uniformes, alors que La Fayette se montre près du peuple.

Suivent des paragraphes saisissants sur les revers de la victoire, ce que souvent les livres d’histoire estompent.

Jean M. Fahmy a l’excellente idée de décrire le siège de la ville de Yorktown vu du côté des lavandières et des postes de premiers secours. L’auteur nous dévoile fort bien la dure réalité de cette bataille titanesque.

Dans leur migration vers le Nord, les héros traversent des forêts obscures. L’auteur rend très bien l’effroi de Fabien et Marie devant les horreurs qui parsèment leur route.

Les scènes de levers de chevelure (de scalp), les captifs que l’on prend, que l’on revend, la scène du bûcher, de l’adoption, tout cela est relaté avec une précision d’historien et un grand talent d’écrivain.

Par son style alerte, vif, par ses rappels historiques, Jean M. Fahmy nous plonge dans l’Histoire et dans la vie quotidienne des gens humbles ou fortunés de cette époque tant en France qu’en terre d’Amérique.

Comment Fabien et Marie vont-ils surmonter les épreuves? Leur amour survivra-t-il à tous ces tourments, aux tentations, au désarroi?

L’attaque du village iroquois sème l’horreur qui culmine avec les yeux de Chilali qui fixent Fabien. C’est une image très forte, d’une grande intensité. Ce regard nous marque, nous étreint.

Tout le parcours douloureux vers Villechauve au Canada nous tient en haleine. L’aide inattendue de deux Noirs réfugiés dans la forêt, dans des zones boisées entre les frontières, nous étonne et nous réjouit. Ces deux hôtes qui survivent dans la peur et la misère ont une vie qui est en elle-même un roman d’une profonde gravité.

À Montréal, la rencontre avec Fleury Mesplet nous rappelle le travail de Fabien auprès de Beaumarchais. Montréal s’active dans ses quartiers, ses rues et ruelles, sa population besogneuse qui vit sous les ordres des Anglais.

Dans un style élégant, avec des mots précis, des rythmes et des séquences qui s’enchaînent fort bien, nous comprenons ce monde rude, où l’auteur révèle les différentes oppressions subies par les femmes, les Noirs, les Autochtones, les pauvres. Dans ces sociétés, des êtres bafoués, esclaves, privés de droits élémentaires luttent pour la liberté, comme les deux héros de cette fresque, des héros sur les Chemins de la Liberté!

C’est une très belle fin qui nous est offerte. Un nouveau départ se dessine pour les héros, qui ont vécu dans un monde sans repos, sans grande joie, et qui atteignent l’Acadie tant rêvée. Cette Acadie a elle aussi beaucoup changé, tout comme Fabien et Marie.

Dans ces deux livres, du début à la fin, le but du grand voyage est l’Acadie des grands-parents et des parents. Ces deux volumes sont d’une très grande richesse historique, d’une remarquable qualité d’écriture, ils portent à la réflexion. Ils nous permettent de mieux mesurer le cours du temps, et surtout de ne pas oublier ce parcours extrêmement difficile des gens privés de droits.

Voici un Roman avec un R majuscule, une œuvre épique où un flot puissant d’émotions emporte le lecteur.



Mercredi, 25 novembre 2020


Bonjour,


En ce temps de l’avent, j’aimerais vous signaler la parution du livre

La fureur de vivre

de Hubert Reeves aux Éditions du Seuil.

Paris.

Octobre 2020,

144 pages


J’ai lu et je relirai souvent ce livre.

Ce livre est beau dans tous les sens du terme.

Nul besoin de présenter l’auteur.

Ce livre nous enseigne la vie, nous informe sur le monde et l’univers, nous fait réfléchir, progresser, nous questionne, nous donne espoir.


J’ai beaucoup appris dans ce livre, chaque mot est important; c’est la grande histoire de la vie, comment le monde s’est construit, comment il a duré, comment il risque de disparaître.

Les photos sont admirablement bien intégrées au texte.


C’est toute notre aventure planétaire et humaine qui se déploie dans ces pages.

L’écriture est claire, vivante, précise.

Le mot qui me vient à l’esprit pour dire ce que je pense :

sagesse.


C’est le plus beau cadeau que l’on puisse offrir!


Si seulement nous étions plus nombreux à lire cet ouvrage, le monde changerait.

C’est à nous, humains, de relever le défi collectif d’une vie meilleure pour toutes et tous et pour notre planète.


Grand merci, Monsieur Hubert Reeves!


Lundi, le 10 février 2020


Daniel Mendelsohn, Une odyssée, un père, un fils, J’ai Lu, traduit de l’anglais par Clotilde Meyer et Isabelle D. Taudière, titre original An Odyssey, A father, son and an Epic, Éditeur original Knopf, 2017.

Pour la traduction française, Flammarion 2017, 478 p.


Suzanne, une amie, m’a offert ce livre en me disant que c’était un de ses livres préférés.

Je me suis lancé dans la lecture.

Je n’y connais rien à l’lliade et à l’Odyssée, je n’ai que de vagues souvenirs d’école.

Au début, ce livre me paraissait si érudit que j’avais peur de m’y perdre.

Au fil des pages, avec cette manière dont l’histoire est racontée, je fus étonné. Non seulement je voulais continuer la lecture, mais j’apprenais, pas uniquement sur l’Odyssée, mais sur moi-même.

L’auteur est un professeur, j’ai retrouvé avec plaisir l’atmosphère des salles de classe, les questionnements sur notre pédagogie, les discussions avec les étudiants.

(Je ne vous résumerai pas le livre, c’est un tout que je ne veux pas altérer.)

Tout au long de ma lecture, je soulignais des phrases qui me paraissaient importantes, inspirantes de sagesse, de vie.

D’abord, ce livre surprend par sa structure, par la narration (l’auteur parle de composition circulaire, de spirales d’associations d’idées) par les détours, qui relient l’Antiquité au présent, qui rapprochent le fils, qui est le narrateur, au père dont il parle. Finalement, c’est toute la famille que nous rencontrons. Cette façon d’écrire, de raconter est si prenante qu’on a l’impression d’entendre vraiment l’auteur, comme dans une conversation personnelle dans laquelle on va et vient entre les idées, les périodes, les faits, où on rajoute des événements, où on revient sur eux pour les préciser.

C’est la vie d’Ulysse, la vie de jadis et celle d’aujourd’hui, celle des uns et des autres, tout cela est tissé et rendu avec dynamisme, sagesse, détails tout en nous laissant notre totale liberté de penser, de réfléchir, de nous émouvoir.

Oui, c’est un grand livre, on partage les joies, les peines, les frustrations, le parcours de l’auteur, celui de sa famille et on réfléchit, on poursuit la route tracée, le livre continue dans notre esprit.

C’est la quête d’une vraie rencontre entre un père et un fils, une famille, tout cela dans le grand voyage, l’Odyssée.

Ce livre est totalement à part. Parmi ceux que j’ai lus, je ne pourrais pas le classer dans une catégorie, car c’est un témoignage effectué avec une certaine distance, un contexte historique, l’Odyssée, et en même temps l’ouvrage colle à la réalité, nous accroche aux êtres présentés.

C’est émouvant, subtil, ironique, profond comme ces phrases clefs que le père répète parfois, et qui sont si vraies que nous avons l’impression de les avoir déjà entendues dans notre propre entourage.

Difficile de dire simplement que ce livre est bon, cela va au-delà d’un qualificatif, car comme un tableau, c’est un tout, unique, il faut être prêt à l’accepter, et une fois que vous l’avez contemplé, vous vous apercevez que c’est beaucoup plus qu’un tableau, que c’est la vie. Raconter la vie, écrire sur la vie, la relier au fil du passé à ces héros de l’Antiquité et aux héros du quotidien que nous côtoyons, tout cela aboutit à ce livre. Je vous conseille de le lire, tranquillement, sans vous presser, afin de vous imprégner de ce qui est plus qu’un climat, une atmosphère, ce sont de grandes pages de vies, d’émotions, de sentiments, d’affection, de tendresse, de questionnements, tout est imbriqué dans une histoire très ancienne qui tisse un incroyable bouquet de faits, de souvenirs qui nous touchent.


Oui! lisez ce livre au style éblouissant!


Jean-Louis Grosmaire


Jeudi, le 23 janvier 2020


Le premier régiment North Shore

Les Acadiens dans la Première Guerre mondiale

Claude E. Léger

Caraquet, Les Éditions de la Francophonie, 2019, 126 p.


Au terme de la lecture du livre de M. Claude Léger, me revient à la mémoire la chambre de ma grand-mère en Franche-Comté, dans l’est de la France.

La photographie de son époux Pierre était bien en vue sur une commode. Jeune, moustachu, en uniforme, il nous accueillait lorsque nous entrions dans la chambre. La photographie était posée près de l’horloge sous sa cloche de verre. 

Jamais mon grand-père Pierre n’est revenu du front. 

Je retrouve avec émotion des visages semblables sur les photographies du livre de M. Léger. Des jeunes, qui n’avaient pas tous l’âge légal, qui se sont enrôlés, pour plusieurs raisons. Ils sont là, devant le photographe à Valcartier, défilant dans les rues de Campbellton. M. Léger montre leur parcours, celui des officiers, sous-officiers, de l’aumônier qui quittèrent leurs familles pour défendre l’Empire, la France.

Cet ouvrage est un livre de référence, un livre de mémoire, une source pour la recherche. À partir de cette base, les chercheurs pourront explorer d’autres pistes. Les familles retrouveront les noms de leurs parents, de ceux qui partirent, de ceux qui ne revirent pas, qui sacrifièrent leur vie, de ceux qui retournèrent au pays, blessés dans le corps et dans l’âme.

Ce travail précis, puisant aux sources les plus fidèles, offre le reflet d’une époque. On comprend mieux les tensions politiques, ethniques, les concurrences pour s’arracher les jeunes et les enrôler. La rude traversée de l’océan, les destins, sont évoqués; chaque homme est une histoire qui forge la grande Histoire.

Dans ces regards, sur ces photographies, les familles de l’Acadie se retrouveront. Il ne s’agit pas que de l’histoire du 132e bataillon (North Shore), ici est magistralement présentée la vie d’une société prise dans l’engrenage infernal de la Première Guerre mondiale. L’auteur a su nous montrer comment la vie provinciale s’entremêle à la vie fédérale, le tout en temps de guerre.

Étonnantes sont les lignes rapportées par l’auteur sur la culpabilisation publique des mères de famille accusées de retenir leurs jeunes (p.44).

On découvre l’ampleur du travail de recrutement, le rôle des assemblées tenues dans chaque ville et bourgade, l’influence des prêtres, des officiers de l’élite acadienne.

Ce texte est clair, précis, bien documenté, même si les sources, ne sont pas toujours faciles d’accès. 

On évoque fort bien les discours des recruteurs, l’indignation des orangistes, les insultes dont sont victimes les jeunes Acadiens, la guerre, les morts, les blessures, les retours. 

Ce régiment finit par de se fondre dans les autres, un régiment dont on perdit même les drapeaux.

Découvrez ces pages fort instructives sur l’histoire du nord-est du Nouveau-Brunswick, cette région qui saluait ses jeunes défilant dans la musique des fanfares, la fine fleur de l’Acadie qui s’en allait à Valcartier puis par Halifax, vers les vieux pays.


Voici un livre riche, très bien présenté par les Éditions de la Francophonie, illustré de photographies et documents rares. Cette œuvre ouvre les portes des futures recherches, pose les bases, ancre la mémoire pour que l’on se souvienne de ceux qui épaulèrent, au sacrifice de leurs vies, leurs frères d’armes, parmi eux mon grand-père, et tous les soldats pris dans l’immense et douloureuse Guerre mondiale.


Merci à M. Léger de compléter si bien notre mémoire collective. Ces jeunes et leurs familles le méritaient amplement.


Jean-Louis Grosmaire

Écrivain-géographe



Lundi, le 13 janvier 2020


Grève des anges, Henri Lessard,

Ottawa, L’Interligne, 2019, 104 p.


Quel beau livre, à tout point de vue que cette Grève des anges de M. Henri Lessard!

Les Éditions Interlignes soignent la mise en page, l’imprimerie Gauvin donne une texture, une douceur au papier, le format est non seulement pratique, mais très agréable. Cela ressemble un peu aux carnets personnels que l’on aime lire et auxquels on a plaisir à retourner.

Le contenu et le contenant se marient harmonieusement.

Ces nouvelles, s’unissent, se rejoignent, offrant ainsi une série de vues sur le monde, de parcours intérieurs, dans des univers qui ne me sont pas familiers, que je découvre avec étonnement en suivant la plume-caméra de l’auteur.

J’aime ces scènes dans un autobus, devant un ascenseur, ou de l’élève face à son professeur. C’est le quotidien vu sous un angle qui me surprend, m’étonne, m’instruit. Quel style ! c’est fin, les mots sont justes, les dialogues sont vrais, les idées jonglent. Il y a un côté espiègle dans la narration. On est captivé par la lecture et hop! une pirouette nous conduit hors de notre cheminement tranquille. C’est pétillant.

Des réflexions subtiles se glissent en clin d’œil et nous interpellent. Elles sont justes, pertinentes, si bien exprimées, que l’on a envie de les souligner ou de les recopier.

L’auteur joue avec les mots, les idées, il cisèle des phrases qui captivent. Noëlle-Andrée Petit-Lejeune et le professeur Albert Griès, ces personnages nous marquent, nous sommes réellement dans la classe, on écoute, on voit, la tension est palpable, à vous de lire la suite.

Grève des anges ! pas le moindre accueil au paradis. Cette nouvelle ne se résume pas, comme les autres d’ailleurs, on ne dissèque pas un tableau en morceaux.

Voici l’été. Je savoure ces petites phrases si denses, si riches, juste une, p.44 : « Les arbres sont bien en ville. Ils n’ont pas à craindre les feux de forêt ! »

Je m’attends à ce que l’on puise prochainement dans ce livre une foule de citations, mais ce serait dommage, elles font corps avec le texte alors on lira et relira ces pages d’un écrivain prometteur d’un écrivain promeneur, attentif et un peu espiègle de la vie.

Regards, le titre est vraiment idoine. De vraies scènes de temps et d’espace, de fuites et de regards et la finale de la dernière ligne en page 53 ! Bravo !

Les dialogues sont vivants, le ton toujours juste, les histoires bien menées, dans un style frais, revigorant, et dans la joie des mots.

Ce sont les chroniques au fil des jours et des humeurs, des perles, des jeux de rôle, des scènes que l’on ne peut oublier, des sentiments forts.

Lisez Sucrier, magistrale nouvelle!

Page 67. Une perle parmi d’autres « L’adolescence après tout n’est qu’un mauvais moment à faire passer aux autres ! »

Voilà un livre que l’on ne résume pas, que l’on tend à l’autre disant : « Lis, ça vaut vraiment le coup ! »

Restent aussi des images fortes, des scènes, des dialogues et toutes ces réflexions d’un promeneur attentif de la vie des autres, de sa propre vie, un auteur doté d’une grande compréhension des relations humaines et d’un style pur, joyeux, jongleur d’idées et passionné des mots et de la vie.


Jean-Louis Grosmaire









Dimanche, le 12 janvier 2020


C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai lu l’ouvrage de Mme Francine Ouellette intitulé Johanna, un destin ébranlé par le nazisme.

Montréal, Libre-Expression 2018, 208 p.


Ce livre prenant est écrit avec beaucoup de sensibilité.

Le village dans le sud de l’Allemagne, la proximité de la France, les enfants qui gardent les chèvres, comme moi, jadis, la vie quotidienne, les oies, le ruisseau, la Première Guerre, le retour du père rescapé, et cette icône magique, qu’on retrouvera plus tard sous une autre forme à Strasbourg, la venue des gitans, les maladies, le destin de la parenté, et quelle belle description de Noël, du Mardi gras, de la nourriture!

C’est bien rendu dans un style sobre, précis, élégant.

C’est une fresque, un grand panorama historique avec juste ce qu’il faut de références, c’est également une histoire intime. Nous partageons les joies de l’enfance, le temps jadis, avant le grand cataclysme.

Finalement, on retrouve la volonté de vivre, de vivre malgré tout, en portant deux pays en soi.

Qu’elles sont touchantes ces pages où la mère ne parle plus français à la fin de sa vie !

L’enfance qui revient au bout de la route, c’est le retour, le repli du corps, de la pensée et le début de l’ultime voyage.

Également, un beau partage sur le parcours de l’écrivaine qui évoque la genèse de ses personnages, ses luttes pour que ses manuscrits soient publiés.

Ce livre est écrit avec sensibilité.

J’ai retrouvé ma toute petite enfance en Allemagne, O Tannenbaum, le beau sapin, les forêts et mes amis de naguère à Sarreguemines qui n’est pas si loin de Bexbach, le village de la maman de Francine.

J’ai lu avec émotion ce livre des sources, ces pages du cœur.


Jean-Louis Grosmaire





Dimanche , le 5 janvier 2020


Delisle, Jean, Interprètes au pays du castor,

Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2019, 354 p.


Des truchements de Jacques Cartier jusqu’à Jerry Potts et Jean L’Heureux, Jean Delisle nous offre les portraits d’hommes et de femmes aux destins exceptionnels.

Ces personnes connues ou moins connues, ont toutes, à leur manière, façonné l’histoire de la Nouvelle-France et du Canada.

Souvent, nous ignorons le rôle de ces interprètes et de ces guides, et pourtant, ils furent des acteurs essentiels qui permirent aux Européens de prendre contact avec les populations locales, leurs langues, leurs coutumes, leurs modes de vie.

Ils ont ouvert les chemins vers l’autre. Ils ont non seulement interprété les langues, favorisé la communication, mais, en devenant eux-mêmes des « autres », ils ont dévoilé à leurs hôtes les us et coutumes de leur culture d’origine. Ils furent le lien, parfois le seul ou le premier trait d’union.

Souvent, ils échappèrent à leur culture et à leur pays d’origine pour se fondre parmi les populations autochtones.

Ils ne sont pas seuls, ces voyageurs audacieux, ils sont des relais chez les populations qu’ils visitent, où parfois ils résident et où ils prennent compagne.

Métissés de naissance ou non, ils se métissèrent culturellement. On les voit guider les « découvreurs », les explorateurs, les troupes, les navigateurs, les chercheurs, les chefs d’un bord ou de l’autre.

La plupart de ces femmes et de ces hommes connurent des aventures incroyables.

L’auteur nous captive par la description de ces personnages hors du commun, au destin surprenant : « homme aux jambes de fer », disait-on de Nicolas Perrot (p. 68). Ils eurent leurs qualités et leurs faiblesses, parfois leur bassesse (L’Heureux).

Ils vécurent comme leurs hôtes, souvent pauvrement. Ils affrontèrent conflits, guerres et tempêtes. Dans certains cas, ils allèrent à l’extrême de leurs forces, de leur vie, du continent. Certains furent réduits à la famine, aux pires conditions.

Les espaces de leur vie furent immenses, divers, peu fréquentés par les Blancs.

La venue de l’étranger, du truchement, engendre un étonnement, un choc, dont les conséquences se prolongent jusqu’à nos jours.

Ces interprètes apprirent les langues, furent adoptés par les uns, rejetés par les autres, se marièrent, à la façon du pays, eurent des enfants, se séparèrent, se déplacèrent, s’enrichirent ou se ruinèrent.

Les difficultés à se réinsérer dans la société blanche d’origine, qui n’avait pas que des mérites, mirent souvent ces interprètes « entre l’arbre et l’écorce ». (p. 226)

Il y eut aussi des fidélités solides, celles par exemple, de ces guides - interprètes du nord, Tattannœuck, (p. 179), Tookoolito et Ebierbing (p. 231).

Ces gens de l’ombre, indispensables alliés en terre étrangère ou ennemie, finirent par bien connaître leur milieu d’adoption ou les Européens.

Ils sont souvent tenaces, endurants. Des glaces du Nord aux gigantesques troupeaux de bisons des Plaines, des rives de l’Atlantique aux horizons infinis de l’Ouest, nous traversons avec eux le continent et son histoire. Nous suivons la terrifiante dérive de ces affamés prisonniers sur un iceberg à la dérive, nous chevauchons dans les espaces de ce jeune Canada en quête de terres, nous découvrons le rôle crucial des interprètes et leur influence sur les populations autochtones, ainsi au temps de la pendaison de Louis Riel.

On comprend le choc des cultures, la grandeur et la petitesse des humains dans des régions immenses, où la nature impose ses conditions et où s’activent marcheurs et marchands, au pays du castor, navigateurs, explorateurs, dont les initiatives auraient échoué, dès le début, sans les interprètes.

Ce livre est une mine de films, de romans, un gisement de récits palpitants qui nous éclairent sur notre histoire, celle vécue au niveau des pistes, des canots, de la neige et des raquettes, de la glace et des umiaqs (p. 197).

Cet ouvrage est richement illustré de figures, de cartes et de photographies.

Fascinante lecture, portraits bien documentés, personnes aux destins sans pareils, l’auteur a relevé le défi de les réunir, elles qui furent toujours en mouvement, qui laissèrent parfois des écrits, qui se déplacèrent à travers ces régions dans l’inconfort absolu, qui échappèrent aux uns et aux autres pour réaliser pleinement leur vie de voyageurs, d’interprètes, de pionniers du continent.

Deux mondes transitèrent par leurs mots. Chaque phrase était importante, chaque geste, chaque comportement, traçait les futures rencontres, les relations sur le terrain.

Ces interprètes, Jean Delisle les classe en cinq catégories : « le compagnon des explorateurs, le collaborateur des autorités civiles, l’officier militaire, l’aide-missionnaire et le trafiquant ou l’émissaire de compagnies de fourrures. »

Dans quel camp se situèrent-ils ? Furent de l’un ou de l’autre, ou des deux à la fois ou d’aucuns ? Ils furent souvent déroutants pour bien des leurs, mais finalement qui étaient les leurs ? Au profit de qui se dépensaient-ils ? Pourquoi, et pour combien de temps ? Qui étaient-ils, d’où venaient-ils ? Que voulaient-ils, que fuyaient-ils, que sont-ils devenus ? Qu’avaient-ils à gagner, voulaient-ils d’ailleurs gagner, ou simplement larguer les amarres, se forger une vie à leur mesure ? Où sont-ils allés, quels furent leurs destins ? Que savons-nous d’eux ?

Ce livre ne prétend pas donner toutes les réponses à ces questions, mais il nous ouvre les pages d’histoires éblouissantes.

L’auteur nous montre le rôle si important de ces femmes et de ces hommes des frontières. Nous découvrons leur énergie, leur parcours. Ils atteignirent la marge de leur propre culture, la frontière de leur vie qui bascula graduellement dans le monde des autres, dans de nouveaux horizons culturels et géographiques.

Il en est qui se sont fondus, perdus dans l’autre monde, se sont retrouvés, furent différents, uniques, devenus gens des deux univers.

Guider, survivre, voyager, interpréter, commercer, chasser, négocier des traités fut leur destin.

Comprendre la parole de l’autre, la traduire, la transmettre, se déplacer, cheminer sur les âpres pistes des régions lointaines et rudes, ce fut leur vie.

Ce fabuleux livre d’histoire se lit comme un roman lui-même porteur d’autres romans.

Je l’ai lu avec passion, j’ai beaucoup appris, je fus toujours étonné. J’ai ressenti les joies et frissons que me procuraient les bons livres de mon enfance. Je ne m’imaginais pas les prouesses de ces personnes, leur énergie, leur endurance, leur capacité à traverser les frontières géographiques et culturelles. Ces portraits sont si vivants, que j’étais vraiment en route avec ces voyageurs des cultures.

À vous de découvrir à votre tour ces êtres d’exception. Il y en a que l’on aime, admire et d’autres qui nous rebutent.

Tous furent à la jonction des mondes. Par les mots, les paroles, ils permirent, pour le bien ou le pire, aux uns et aux autres, à communiquer.

Voici un livre essentiel, plus que jamais d’actualité. Il représente une contribution fondamentale à la compréhension de notre réalité canadienne.


Jean-Louis Grosmaire







Lundi, le 23 septembre 2019



Le fils de Bouctouche Claude E. Léger, Les Éditions de la Francophonie, Lévis 2010, 193 pages.


Depuis Le Déserteur de Boris Vian, je n’avais rien lu d’aussi prenant que cet ouvrage.

L’histoire n’est pas celle du Déserteur de Boris Vian, mais celle d’un déserteur fusillé, personnage dans lequel on peut facilement se reconnaître. Le livre ne traite pas uniquement de ce personnage, c’est toute l’Acadie de cette période que nous découvrons.

L’action commence sur un pont, doucement, et nous conduit dans la guerre de 1914-1918, celle des combats en France, celle des déchirements que cette guerre engendre au pays.

Ce livre est un regard sur le Canada, l’Acadie, le monde, sur nous.

Je ne vais pas vous dévoiler le contenu; à travers ce livre, vous comprendrez la complexité de la position des Acadiens face à la guerre, au recrutement, à la conscription.

Il y a des scènes absolument bouleversantes. Je ne comprends pas que l’on n’ait pas déjà réalisé une série télévisée ou un film à partir de cet ouvrage. C’est remarquablement campé, on y est !

Ainsi la rencontre du curé avec le lieutenant Cormier est d’une intensité et d’un réalisme exceptionnels.

L’auteur nous conduit pas très loin du front, dans le nord de la France, où se fait la livraison du matériel, près des premières lignes, les dialogues avec le soldat responsable de cet acheminement sont mémorables.

Reste également en mémoire la rencontre intense entre l’officier et le père du « déserteur », que d’émotions!

Je brûle de vous raconter les scènes les plus marquantes, mais il y en a plusieurs et je vous invite à lire cet ouvrage.

Je souhaite que tous les jeunes de l’Acadie, du Canada, lisent ce livre, leurs parents aussi, peut-être comprendraient-ils mieux le Canada d’hier, le Canada d’aujourd’hui, l’Acadie de toujours.

Ce livre devrait être étudié dans les collèges et les universités à travers le Canada.

Cet ouvrage est à placer directement en tête de liste des livres à lire ! C’est un livre bouleversant, les personnages sont forts, typés et tellement vrais.

Ce livre est un coup de maître ! Vous en sortirez grandis, plus instruits, plus à l’écoute du monde de jadis et d’aujourd’hui.

La Première Guerre mondiale, ce n’est pas si loin.

En toute fin du livre, vous vous attacherez encore davantage à ce personnage qui se nomme Étienne et qui se prolonge sur deux générations.

Je ne vous en dis pas plus.

C’est certainement le livre à offrir.

Ne vous privez pas d’aller à la rencontre de l’Acadie, de tous ces gens happés par l’immense cataclysme de la Première Guerre mondiale.


On sait que l’Acadie est une terre de conteurs, le livre de monsieur Claude Léger m’a totalement captivé, bonne lecture !



Je vous signale que monsieur Léger est également l’auteur du livre Le bataillon acadien de la Première Guerre mondiale, Moncton, 2001, 232 p. Ce livre retrace de la façon la plus complète l’histoire de ce bataillon unique dans l’armée canadienne, bataillon formé d’Acadiens de langue française et catholiques.







Samedi, le 23 mars



Comme que comme, les riblons


Brice Leibundgut

Station Comté,

Morteau, sept 2011,

170 pages


Voici le troisième tome d’une série qui m’a enchanté.

Il y eut Comme que comme et autres tranches de Comté, Comme que comme, le r’virot, et voici Comme que comme, les riblons.

Nous retrouvons ici les acteurs clés des deux livres précédents l’Oncl’Ugène toujours aussi facétieux, et la Lucine Faivre aux propos toujours aussi vifs. Ce sont deux personnages vrais, sympathiques et qui ne s’imposent pas cette autocensure si constante et anesthésiante de nos discours modernes.

Les expressions rapportées par l’auteur sont celles que l’on entend en Comté. Elles sont habilement agencées en véritables petites scènes de théâtre ou séquences de film, une des plus marquantes, pour moi, est celle de la Lucine qui raccompagne ses invités. Combien de fois ai-je vu des amis saluer sans fin mes parents de cette manière, c’est exactement la réalité relatée avec talent.

En lisant cet ouvrage, on se demande à quand un film Bienvenue chez les ch’nis ! ce livre à lui seul pourrait déjà être la base de ce film.

Dans un style léger l’auteur nous offre des pages éclairantes, on apprend ce que sont les joyaux de la couronne, la loupe-à-l’œil, moi, l’amateur de montres, surtout comtoises, je me suis régalé et instruit.

Découvrez ce que signifie beuillot, sangliers et écureuils en Comté.

Un pays se nomme, en Comté les noms de lieux, villages, gens, sont très évocateurs et imagés !

L’auteur nous propose des souvenirs et des traditions, ainsi La cérémonie des étrennes, La quinzaine commerciale, Les conversations à la cuisine, L’arrivée de la télévision, c’est du pur bonheur; nous avons vécu cela, le temps a passé si vite!

Captivantes sont ces Rengaines et fredaines, véritables pages de la vie en Comté, des dialogues d’un théâtre authentique; chaque fois, la saynète bien assemblée se termine par une envolée humoristique,

C’est un plaisir, cela nous change de l’avalanche de mauvaises nouvelles qui nous tombent dessus quotidiennement.

Les anecdotes tiennent en une page et demie, je les lisais au fil des jours, découvrant et retrouvant l’esprit comtois. Prenez votre temps; la Comté, dégustez-la!

Dans le chapitre 6, des poèmes évoquent les sapins, les eaux vives, les lacs, les fleurs, les paysages en des mots qui reflètent tout à fait ce que l’on ressent en Comté quand cingle le vent polaire à la Brévine et se déchaînent les tempêtes en montagnes.

Entrez vous réchauffer l’âme dans les ateliers d’horlogerie, ces maisons où depuis des siècles des experts font chanter les horloges et murmurer les montres. Le poème intitulé Chronomètre recèle à lui seul une forte intensité.

Des vers transmettent l’émotion devant les clochers à impériale en ce pays de missionnaires grands voyageurs.

Au chapitre 7, l’auteur a dû faire le choix pour parler de certains Comtois illustres. La Franche-Comté est parfois trop modeste, pourtant elle a donné à la France et au monde de grandes personnalités. L’auteur évoque Courbet, les neiges de Fernier, et pour finir, rendez-vous à l’école de Landresse, où Louis Pergaud fut instituteur.

La lecture se termine avec le poète Léon Deubel et, en bouquet final, voici Margot la pie.

Comme que comme, les riblons a obtenu le Prix Louis Pergaud, il le méritait amplement. Il est tout à fait dans la lignée du grand écrivain.

L’ouvrage nous ouvre, côté cœur, les portes de la Comté, complétant les deux livres précédents.

Ce triptyque pourrait constituer des éléments constructifs pour un film et pourquoi pas un Dictionnaire amoureux de la Franche-Comté, comme il en existe pour d’autres régions ou d’autres thèmes.

L’auteur exprime avec élégance et talent sa passion pour la Comté, véritable carrefour de cultures et de populations, région diversifiée, de plaines, de plateaux, de montagnes, rivières et lacs, grandes forêts; cette Comté vous la retrouverez dans ce livre chatoyant, instructif et captivant.

Bonne lecture !

Jean-Louis Grosmaire




Samedi, le 23 février


Comme que comme, le r’virot


Brice Leibundgut

Station Comté,

Morteau, mars 2009,

156 pages


Ce livre se déguste comme un repas fin et soigneusement mitonné.


Nous sommes invités à un voyage en Comté, actuelle et celle de jadis en compagnie de deux personnages typés et très attachants, la Lucine Faivre et l’Oncl’Ugène.

Leurs réflexions, expressions, opinions, philosophies au jour le jour donnent à cet ouvrage une atmosphère joyeuse où l’humour côtoie le sérieux de la recherche.

Nous sommes dans la vraie vie,

nous entendons les mots, les tournures de phrases qui tissent le riche parler d’une région.

Les rengaines de la Lucine et les Fredaines de l’Oncl’Ugène nous invitent dans le quotidien des gens de la Comté, comme si la conversation avait été enregistrée discrètement ou que la caméra invisible avait habilement capté les scènes de cuisine ou de café.

L’herbier du Haut-Doubs nous présente une végétation d’une beauté originale et combien éloignée des grands axes de circulation, nous cheminons avec bonheur dans les paysages comtois.

De nouvelles petites histoires complètent avec plaisir cette passionnante promenade en Franche-Comté.

Quelle surprise par exemple de découvrir le Tyrol comtois et de retrouver Louis Pergaud, Alain-Fournier et même Hans-Christian Andersen !


On lit et on se plaît à relire nombre de pages, comme si nous entendions les gens parler devant nous, comme si on les voyait dans leur cuisine ou les rencontrait dans la rue.

C’est un théâtre vivant présenté avec respect, amour de la Comté et avec, souvent, pour terminer, une réflexion imprégnée de l’esprit comtois qui peut être à la fois sérieux et pince-sans-rire.


Un livre à savourer !


Avec lui, vous avez rendez-vous avec la Comté du cœur, la vraie !


Jean-Louis Grosmaire








Jeudi, le 24 janvier 2018


Soleil


David Bouchet,

roman, septembre 2015,

La Peuplade,

318 pages


Le jeune Souleye et sa famille ont émigré du Sénégal vers le Québec. Il y a avant, il y a maintenant, et comment vivre dans un nouveau pays sans se retourner. Le parcours de l’immigrant est souvent difficile et complexe. Pour un immigrant de couleur, noir en particulier, c’est un défi encore plus grand. Parvenir à arriver au nouveau pays constitue en soi un exploit. Puis, cela commence par la location d’un appartement, l’achat du strict nécessaire, la recherche d’un travail, d’une école pour les enfants, etc. Que dire des hivers au Québec qui ne sont déjà pas faciles pour les gens d’ici ? Ce livre raconte la vie d’une famille sénégalaise, les obstacles et les petites joies dans le combat quotidien. La grave dépression du père est ressentie par toute la famille et plus particulièrement par le jeune Souleye, le « Docteur N° 1 » du père. Charlotte, la jeune fille d’en face vit une tragédie auprès de sa mère droguée et alcoolique. Charlotte et Souleye, les deux jeunes voisins vont s’épauler dans cette vie de misère. La mère de Souleye devient le pilier de la famille, on reconnaît la femme africaine dans toute sa force séculaire, comme les femmes de la Nouvelle-France.

Je recommande la lecture de ce livre, parce qu’il nous fait comprendre le parcours difficile des immigrants d’Afrique ou d’ailleurs, parce qu’il ce qu’il nous ouvre les yeux sur les autres, d’ici ou venus de divers horizons. Les gens qui connaissent un peu l’Afrique ou le Sénégal retrouveront avec grand plaisir tous ces mots, expressions de la sagesse africaine, la joie de vivre, la culture, les relations sociales et en contrepoint la société nouvelle, avec ses caractéristiques, ses qualités et ses surprises bonnes ou mauvaises.


L’histoire est rugueuse, mais ce jeune Souleye, d’une étonnante maturité, permet à l’auteur de passer des sentiments de réconfort, des lumières d’espoir. Nous sommes en constante réflexion sur deux continents, deux sociétés, comme dans la vie de l’immigrant. Sauver le père ? Sauver Charlotte, sa mère ? Entre ceux d’ailleurs venus ici au prix d’énormes sacrifices et pleins d’espérance, et ceux d’ici, malpris et tout aussi étrangers dans la société, que de convergences dans la souffrance. À lire ? Bien sûr ! À réfléchir, à partager.

Les observations de l’auteur sur les deux sociétés et ses phrases de grande sagesse africaine de l’enfant sont un pur bonheur. Ce live serait triste s’il n’était habité par la joie de vivre, reflet de la joie de vivre malgré tous les problèmes de beaucoup d’Africaines et Africains, où qu’ils soient dans le monde. Il y a aussi dans ce livre des perles d’humour typiquement sénégalais, des réflexions profondes, glissées doucement, en passant.

Ce livre mériterait d’être porté à l’écran. David Bouchet a déjà fait ses preuves avec La Pirogue, on lui souhaite le succès, il le mérite et on souhaite surtout à nos sœurs et frères d’Afrique de trouver le soleil dans le cœur des gens qu’ils rencontrent, ici ou ailleurs.



Jean-Louis Grosmaire





Dimanche, le 13 janvier 2018


Les émotions cachées des plantes


Didier Van Cauwelaert

Plon 2018

206 pages


L’auteur nous conduit dans le monde des plantes en s’appuyant sur ses expériences personnelles et sur les travaux de spécialistes en la matière.

Pour les personnes qui douteraient du bien-fondé de ses propos, la bibliographie et les arguments appuyés sur des études scientifiques sérieuses devaient permettre de mieux comprendre la vie des plantes et notre vie auprès des plantes.

Les titres des chapitres sont invitants, L’imagination végétale, Les plantes sont-elles sensibles à la flatterie ? Les transmissions de pensée entre la plante et l’homme... même si l’auteur est un excellent vulgarisateur, certains propos sont parfois un peu trop pointus pour moi, c’est le défi de la présentation de ces questions au grand public, dont je fais partie. Je comprends que l’auteur ne puisse aller plus loin dans la simplification sous peine de dénaturer l’expérience scientifique menée par d’éminents chercheurs. Si je suis plus sensible à ses pages où il évoque « son » poirier ou le platane de Jean-François Deniau, j’ai aussi beaucoup aimé les pages où il nous explique comment les plantes réagissent aux dangers que représentent l’humain ou d’autres plantes ou créatures, et comment les plantes réagissent face à la mort d’un ami ou à la musique.

Certes, nous avons déjà lu des textes un peu semblables chez d’autres auteurs, ou nous nous souvenons de rencontres ou de témoignages de gens ayant eu des expériences originales avec les plantes, mais ce qui est important pour moi, c’est que l’auteur démontre scientifiquement ce que nous devinons sans être capables de le nommer, que nous ressentons sans pouvoir clairement l’exprimer et encore moins le prouver, soit cette relation spéciale avec les plantes. En cela, ce livre est remarquable, il fournit des bases solides, crédibles aux gens qui, comme moi, peuvent passer pour des êtres aux idées bizarres, car attentifs aux plantes et à leur bien-être, qui devient le mien, le nôtre.

Je vous laisse découvrir le dernier chapitre, Les plantes et l’avenir, ce sont des pages intenses qui nous conduisent à la réflexion, autant sur le passé que sur le futur, tant les enjeux furent et sont, plus que jamais, considérables à tous points de vue, économiques, humains et autres. L’auteur est engagé, il relate des faits bouleversants.


Je conseille la lecture de ce livre qui est à lui seul une thérapie, car finalement nous sommes conviés à une plus grande harmonie avec le monde végétal, à une attention particulière à cette extraordinaire diversité des plantes, à leur intelligence (après la lecture de ce livre, on peut le dire) à leur incroyable capacité de vivre, croître, se multiplier depuis la nuit des temps, alors que l’humain n’en était qu’aux balbutiements.


C’est un livre régénérateur, un livre passionnant, qui nous éveille à la grandeur du monde des plantes où elles déploient leurs sensibilités, émotions, souvent leur beauté, et leur réconfortante présence.


Sommes-nous prêts à ces découvertes ?


Jean-Louis Grosmaire




Vendredi, le 7 décembre 2018


Cueillir la beauté

Poèmes et photographies


Sainte-Croix

Janvier 2017, 64 pages


Jean-Philippe Chavey

www.jpchavey.com



Depuis des mois, je voulais publier une recension de cet ouvrage, j’attendais d’avoir un blogue pour le faire.

Ce livre est inclassable tant la pureté qui en émane nous apaise, réconforte, réconcilie avec nous-mêmes et la nature.

Premier contact, la couverture rigide est illustrée par des photographies pleines de joie.

Chaque page, chaque photographie est d’une exceptionnelle délicatesse, ce n’est pas que de la beauté, c’est plus, une intimité avec la nature, nous entrons dans le paysage discrètement, en contemplation, tout est douceur, jeux de lumière, attention admirative.

Il est rare qu’un livre de photographies apporte autant d’émotion, cela tient au fait que l’on sent le photographe en communion totale avec le s